Cholera

Le Monde.fr : La Birmanie enregistre une épidémie de choléra sur fond de baisse de la couverture vaccinale des enfants

il y a 1 mois, par infosecusanté

Le Monde.fr : La Birmanie enregistre une épidémie de choléra sur fond de baisse de la couverture vaccinale des enfants

Flambée de contaminations bactériennes à Rangoun favorisée par des inondations massives, réémergence de maladies par manque de vaccination… le pays, en défaillance médicale, continue de payer un lourd tribut à la guerre civile en matière de santé.

Par Brice Pedroletti (Bangkok, correspondant en Asie du Sud-Est)

Publié le 21 août 2026

Au moins 150 personnes se sont révélées positives au choléra, à Rangoun, après une flambée de contaminations bactériennes qui a conduit à l’hospitalisation de près de 500 personnes pour des diarrhées, selon des informations communiquées, lundi 17 août, par le ministre des affaires sociales du gouvernement. L’ancienne capitale birmane a subi de fortes inondations en juillet, et les cas de choléra ne sont pas rares dans le pays lors de la saison des pluies, même dans cette ville, la plus grande et la plus moderne du pays. Reste que la junte militaire, refondue en gouvernement civil depuis les élections d’avril, est avare de communication et que la situation, estiment les observateurs, pourrait être plus grave dans certaines provinces.

C’est le cas des régions centrales frappées par des inondations massives depuis le début du mois d’août. La vaste zone sèche de l’Irrawaddy, qui reçoit, même lors de la mousson, moins de précipitations que le reste du pays, connaît actuellement de fortes inondations qui ont affecté 400 000 habitants et conduit à la mort de plusieurs dizaines d’entre eux, selon des données fournies le 15 août par l’administration souterraine de la résistance, appelée « gouvernement d’unité nationale » (NUG).

Une partie des provinces concernées sont sous le contrôle des groupes rebelles armés opposés à la junte et connaissent déjà de nombreux déplacés internes, comme la région de Sagaing. Deux cent mille personnes y ont été affectées par les inondations, et 23 ont perdu la vie, selon le NUG. « Il y a des infections dermatologiques chez les enfants. Et pas mal de morsures de serpent », confirme au Monde Shin Thant, une membre du Comité de grève (groupe militant opposé au coup d’Etat de la junte en 2021) de la région de Sagaing. Or « les militaires empêchent d’acheter des médicaments dans les villes sous leur contrôle. Aux barrages routiers, ils fouillent, confisquent les médicaments et arrêtent ceux qui essaient d’en transporter », dénonce-t-elle.

Ces zones, selon la résistance, ont continué d’être la cible d’attaques aériennes et de drones de la part de l’armée birmane. Celle-ci est connue pour sa propension à cibler des hôpitaux et le personnel médical : dans son rapport d’août, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) des Nations unies liste 259 incidents de violence contre des membres du personnel de santé en 2025, dont 110 impliquant la destruction d’infrastructures, attribués en majorité à « des tirs d’obus ou des attaques aériennes de l’armée birmane ». Selon Shin Thant, une attaque aérienne, vendredi 21 août, contre un monastère du canton de Myaung, proche de la ville de Sagaing, dans une zone affectée par les inondations et où se trouvaient des déplacés, aurait tué au moins 20 personnes.

Accès humanitaire entravé
La précarité médicale est la plus forte dans les zones centrales du pays où la guerre civile se prolonge et où l’accès humanitaire est non seulement contraint mais régulièrement entravé par les autorités militaires : le personnel médical manque ; une grande partie de la population y est déplacée (3,8 millions à travers le pays selon l’OCHA). Or les cinq ans de guerre civile depuis le coup d’Etat de 2021 ont rendu les populations vulnérables aux maladies, notamment en raison de la chute de la couverture vaccinale infantile, spectaculaire à partir de 2021. Le taux de vaccination de la première dose anti-DTP (diphtérie, tétanos, poliomyélite) étant alors tombé à 45 %, contre 87 % en 2020, selon les estimations du taux national d’immunisation de l’Organisation mondiale de la santé et de l’Unicef. Ces organisations ont calculé qu’environ 1,2 million d’enfants n’ont pas reçu les vaccins essentiels de 2020 à 2023-2024.

Le taux de couverture vaccinale serait remonté à 76 % pour 2025, selon ces organisations. Mais le chiffre, signalent les observateurs, est à prendre avec une extrême précaution et cache des situations très disparates. En 2025, la médecin franco-birmane Tin Tin Htar Myint, une spécialiste des vaccinations qui se consacre en France à documenter la situation médicale dans les zones de résistance, a effectué une enquête avec du personnel local sur 310 enfants d’une vingtaine de villages de la région de Sagaing. Celle-ci montre que 65 % des enfants nés en 2021 n’avaient pas été vaccinés fin 2024, ni par le vaccin anti-DTP ni par le BCG (contre la tuberculose) ou encore la rougeole. La proportion de nouveau-nés non vaccinés atteint près de 85 % pour les enfants venus au monde depuis le début de l’année 2024.

Ces trous noirs de la couverture vaccinale contribuent à la résurgence, à travers ce pays de 55 millions d’habitants, de maladies autrefois sous contrôle ou éradiquées ; un sujet sur lequel la junte militaire s’est bien gardée de communiquer. Et ce même à Rangoun. Les indices proviennent d’informations divulguées par le personnel médical, ou d’informations ou d’alertes échangées sur les réseaux sociaux.

« Actuellement, on a par exemple été informés de cas de tuberculose près de Myawaddy [dans l’est du pays, à la frontière thaïlandaise] », explique Tin Tin Htar Myint. « A Rangoun, on a découvert en 2023 qu’une réunion sur la diphtérie avait été organisée par le ministère de la santé. Trente cas de diphtérie avaient été diagnostiqués à partir de 89 cas suspects. C’est élevé ! Les gens sur les réseaux sociaux ont mentionné en 2024 des cas d’oreillons. Il y a eu des cas signalés de paralysie flasque aiguë, qui font soupçonner un retour de la poliomyélite, alors qu’en principe elle est éradiquée », explique-t-elle.

Brice Pedroletti (Bangkok, correspondant en Asie du Sud-Est)