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Liberation.fr : Marine Le Pen a tranché en faveur de sa réforme des retraites contre celle de Jordan Bardella

il y a 1 mois, par infosecusanté

Liberation.fr : Marine Le Pen a tranché en faveur de sa réforme des retraites contre celle de Jordan Bardella

Le sujet qui divisait le Rassemblement national depuis deux ans a été arbitré en vue de la présidentielle lors d’un séminaire du parti la semaine dernière. La ligne de la désormais candidate est conservée.

Rares sont les informations à avoir transpiré du dernier « séminaire présidentiel » du Rassemblement national (RN), hors du fait que Jordan Bardella a énormément souri, fait beaucoup de blagues, que l’ambiance était super et que vraiment, ces deux journées « ont fait du bien à tout le monde », dixit un participant.

Derrière ces jolies façades de village Potemkine, l’ordre du jour était pourtant chargé : les 16 et 17 juillet, Marine Le Pen, Jordan Bardella et leur garde rapprochée respective, devaient plancher pour accorder leurs violons qui, sur plusieurs sujets ces derniers mois, dissonaient méchamment.

C’est chose faite sur le point le plus épineux, confirment plusieurs participants à Libération : la réforme des retraites a été enfin arbitrée dans ses principales lignes par la candidate, mettant fin au feuilleton qui durait depuis deux ans, selon lequel le parti d’extrême droite travaillait sur un nouveau projet.

« L’arbitrage, c’est la réforme de 2022 », relate un cadre présent. Soit un âge de départ possible dès 60 ans pour les actifs ayant commencé leur carrière avant 20 ans, et à 62 ans pour les autres, avec une durée de cotisation plafonnée à 40 ou 42 annuités pour une retraite à taux plein. Il n’est plus question d’introduire une dose de capitalisation obligatoire, comme l’envisageaient les proches de Bardella.

Trouver une majorité à droite
Ceci posé, la question du financement doit encore être bouclée, détail fâcheux – en 2022, le libéral Institut Montaigne avait estimé le coût du projet lepéniste entre 23,5 et 38,5 milliards d’euros. Le parti continue, comme d’autres formations politiques, de vouloir relever en priorité le taux d’emploi des jeunes et des seniors, mais veut aussi s’attaquer à certaines niches sociales pour financer sa réforme, ce qui a été acté lors du séminaire.

Pas grand-chose, donc, ne va changer par rapport à 2022, date à laquelle Marine Le Pen avait présenté une version actualisée de sa réforme de 2017 (qui prévoyait un âge de départ ramené à 60 ans avec 40 annuités, sans progressivité), et la justifiait au nom de « la réalité budgétaire d’aujourd’hui ».

C’est sur ce même autel, un an seulement après le passage en force de la réforme Borne, que Jordan Bardella avait paru sacrifier le projet de réforme frontiste lors des législatives de 2024. Interrogé à l’époque sur RTL, l’aspirant Premier ministre avait alors répondu : « nous verrons », soutenant qu’il « faudra [it] des priorités ». « La réforme des retraites viendra dans un second temps », reprenait ensuite Bardella sur France 2. « Réaliste » économiquement, selon ses mots, le jeune homme l’était surtout politiquement : fraîchement rejoint par Eric Ciotti, il était alors pressé par la nécessité de trouver une majorité à droite. Quitte, pour cela, à ulcérer les gardiens du temple lepénistes.

Ouvrir les portes des milieux patronaux
L’eurodéputé se met alors à vendre une réforme à la découpe en permettant, dans un premier temps, aux actifs ayant commencé à travailler avant 20 ans de partir avec leurs 40 annuités à 60 ans. Le reste est repoussé aux calendes grecques. « Je veux d’abord avoir connaissance des marges budgétaires qui seront en ma possession », noyait-il devant le Medef, le 20 juin 2024. La défaite aux législatives a donné aux lepénistes l’occasion de reprendre la main : dès la rentrée, Jean-Philippe Tanguy renouvelait sa promesse d’abrogation de la réforme macroniste et d’application de celle prévue par son idole en 2022. Le feuilleton n’était pas fini.

Dès l’automne 2024, les ciottistes se mettent à évoquer leur passion pour la capitalisation, dont ils veulent introduire une dose obligatoire dans le système des retraites. Devenu proche de Bardella, François Durvye, l’ouvreur de portes des milieux patronaux, toujours fourré chez le Niçois, est sur la même longueur d’onde. La condamnation de Le Pen en première instance rebat les cartes. Bardella trépigne, n’y tient plus et perd patience, quelques semaines avant la décision de la cour d’appel, le 7 juillet.

Le 12 mai, dans une interview au Frankfurter Allgemeine Zeitung, il annonce « examiner actuellement la question » d’un « âge de retraite plus tardif ». Le 28 mai, le dauphin récidive sur LCI en estimant que « l’âge de départ ne veut rien dire » et que l’on « gagnerait à simplifier les choses et à bâtir un système qui mette davantage en avant la durée de cotisation ».

Stupeur en interne, le bras droit de Le Pen à l’Assemblée, Renaud Labaye, s’indigne dans le Monde : « Cela ressemble à la retraite à points d’Edouard Philippe que nous dénoncions. » Marine Le Pen finit par recadrer en interne et rejette la faute sur les commentateurs qui auraient tordu les propos de l’un et de l’autre. La seule réforme qui tienne, tranche-t-elle le 14 juin sur France 3, c’est la sienne. « Tant que Marine Le Pen n’a pas pris de nouvelle position, la dernière fait foi », confirme un proche collaborateur après le séminaire.

Libéré des attaques sur le flanc gauche
Mais les chuchotements ne s’arrêtent pas : dans Politico, courant juin, l’entourage de Bardella pousse l’idée de supprimer l’âge d’annulation de la décote, à 67 ans, qui permet d’obtenir automatiquement le taux plein sans avoir tous ses trimestres. L’idée, portée notamment par Durvye, d’inciter les jeunes à rentrer plus tôt sur le marché du travail, risque surtout de pénaliser fortement les carrières hachées, surreprésentées chez les femmes, qui peinent à boucler leurs trimestres.

Cet angle n’a pas échappé au député insoumis Manuel Bompard, qui s’est fait un plaisir de demander à Jean-Philippe Tanguy, sur BFM le 8 juillet, si ce projet était bien envisagé. Le frontiste a démenti un peu hâtivement, une semaine avant les arbitrages du séminaire. Ces derniers lui ont donné raison.

Le maintien du projet de réforme de 2022 libère le RN des attaques sur son flanc gauche. Il risque de mettre un terme, en revanche, à l’entreprise de séduction d’un électorat de droite plus libéral et pro-business, que les tâtonnements de Bardella sur ce sujet emblématique voulaient appâter. Incarnation de cette ligne, manifestement désavouée, l’ex-patron du family office du milliardaire libertarien Pierre-Edouard Stérin, François Durvye, était absent du séminaire.