France Info : "On a déjà dix appels par minute" : aux urgences du CHU de Bordeaux, la canicule met à rude épreuve les équipes médicales
Article rédigé par Anne Le Gall Radio France
Publié le 26/06/2026
Les fortes chaleurs ont entraîné une hausse de 20% à 30% de l’activité des services d’urgences en France, selon la ministre de la Santé. À l’hôpital Pellegrin, les soignants s’organisent pour accueillir rapidement de nouveaux patients.
Les deux tiers de la France restent, vendredi 26 juin, concernés par une vague de chaleur exceptionnelle, une canicule qui met les organismes ainsi que le système hospitalier à rude épreuve. Jeudi, la ministre de la santé Stéphanie Rist a évoqué une hausse de 20% à 30% de l’activité des services d’urgences en France, comme au CHU de Bordeaux, ville qui affichait encore 40°C à l’ombre ce jour-là.
Fin de matinée aux urgences de l’hôpital Pellegrin, déjà 35°C dehors à l’ombre. À l’intérieur, une femme aux cheveux blancs attend dans un fauteuil roulant, son asthme s’est aggravé avec la chaleur, elle vient juste d’arriver dans un véhicule des pompiers. "Je respire mal, et ce n’est pas ma faute, j’habite au huitième et dernier étage, il n’y a pas d’ascenseur en ce moment", déplore-t-elle.
"Tout est plein ce matin"
Plus loin, allongée dans la pénombre dans un box climatisé, Cécile, 44 ans, n’a plus d’énergie, elle vient de faire un malaise sur son lieu de travail. "Je travaille dans la restauration collective", raconte-t-elle.
Dans ce service d’urgence, la tension est montée d’un cran en l’espace de 24 heures. Les capacités d’accueil atteignent leurs limites. Le docteur Emmanuel Degonde, l’un des médecins urgentistes, montre son écran d’ordinateur.
"Vous voyez, là ce sont nos box d’examen où on prend en charge des patients, détaille-t-il. Tout est plein, ce matin, on a très vite rempli. Et là, c’est la zone d’attente avant qu’on installe les patients en box, qui s’est aussi bien remplie rapidement. Il y a de tout, essentiellement des patients de plus de 60, 70 ans, mais par exemple ce matin, j’ai vu un jeune patient de 20 ans qui est un petit peu fragile, qui a fait son sport, qui était en panne de tram, donc il a dû marcher au soleil. Là, on subit un peu les fortes chaleurs de ces derniers jours."
Un peu plus loin au bout du couloir, même ressenti au niveau du centre de régulation du Samu. La chaleur qui perdure crée de plus en plus de situations de détresse. En l’espace de 24 heures, le Samu de cet hôpital a reçu 3 200 appels de patients, 50% de plus qu’en début de semaine. "On est à flux tendu, lance Gilles Dos Santos, un membre de l’équipe des régulateurs. On a déjà dix appels par minute, les appels sont assez liés à la chaleur et à un mal-être à domicile particulièrement."
Anticiper les sorties de patients et libérer des lits
À ce stade, les urgences tiennent, mais la partie n’est pas gagnée pour autant, reconnaît le chef du pôle des urgences, le docteur Thomas Mesnier, car même si les températures baissent, il faut anticiper une augmentation des passages aux urgences dans les jours qui viennent.
Le CHU de Bordeaux a déclenché le niveau 2 de son plan "hôpital en tension", avec cellule de crise, renfort d’étudiants en médecine au Samu, moyens supplémentaires pour traiter les coups de chaleur en plus de la réanimation. "Si, en fin de semaine, les températures commencent à baisser, les corps seront toujours fatigués, affirme Thomas Mesnier.
"Tout est mis en place de ce côté-là, poursuit le médecin. Et puis, on libère des lits, on essaie d’anticiper des sorties de patients déjà hospitalisés pour que ce soit fluide et qu’une fois les patients rafraîchis, on puisse les hospitaliser pour accueillir ceux qui arrivent après."
Pour traverser cet épisode climatique exceptionnel, le CHU de Bordeaux a quand même un atout que d’autres hôpitaux n’ont pas : les urgences sont climatisées, il ne fait que 24°C dans le hall d’accueil.