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Le Monde.fr : Planning familial : en Gironde, la subvention de l’agence régionale de santé finalement maintenue pour 2026

il y a 3 semaines, par infosecusanté

Le Monde.fr : Planning familial : en Gironde, la subvention de l’agence régionale de santé finalement maintenue pour 2026

L’ARS, qui avait annoncé, mercredi 17 juin, la suspension de la subvention de 160 000 euros octroyée chaque année à l’association, la lui versera cette année, pour la dernière fois. Elle s’engage toutefois à l’accompagner pour trouver des partenaires, afin de prendre le relais et éviter sa fermeture.

Par Claire Mayer (Bordeaux, correspondante)

Publié le 24/06/2026

Nouvelle-Aquitaine a finalement décidé que la subvention 2026 du Planning familial de la Gironde lui serait versée. Mais pour la dernière fois. Une réunion programmée avec la préfète du département et le directeur général de l’ARS le 10 juillet devrait permettre d’accompagner l’association pour trouver de nouveaux partenaires, notamment des collectivités locales. Le but : « Organiser le relais des financements pour sécuriser l’activité de l’association à long terme », explique l’ARS au Monde.

Il faut dire que, en Gironde, sa décision de mettre fin à la dotation de 160 000 euros octroyée à l’association depuis plus de quinze ans a fait grand bruit. En cause, l’efficacité jugée « peu probante » des actions menées. Une décision « particulièrement brutale » pour la coprésidente du Planning familial de la Gironde Annie Carraretto, qui aurait mené, à terme, à la fermeture de l’antenne locale, qui emploie sept salariés à temps plein, répartis entre Bordeaux et le Sud-Gironde. Le budget global de l’association, de 500 000 euros, est réparti entre l’Etat (90 000 euros), le département (deux dotations de 20 000 et 11 000 euros), la ville de Bordeaux (25 000 euros), complété par les autres municipalités girondines, les cotisations des adhérents et des dons. La dotation de l’ARS vient compléter ce budget avec un apport représentant 32 % du montant total.

La décision prise par l’ARS de maintenir cette subvention en 2026 permettra d’offrir un peu de répit à l’association, et de lui laisser le temps de trouver les financements nécessaires pour l’avenir.

Repérage des violences
Depuis sa création en 1963, l’antenne départementale de l’association propose un lieu d’accueil et d’écoute autour des questions de sexualité et de violences faites aux femmes, et dispose depuis 2018 d’un agrément du ministère de la santé dans le cadre de l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle. En outre, les entretiens d’accueil et d’écoute permettent également au Planning familial de réaliser un repérage des violences. « Une personne venue demander une contraception d’urgence peut révéler une situation de violence ou un rapport non consenti. C’est ce travail de prévention, de repérage et d’orientation qui permet ensuite l’accès aux dispositifs spécialisés », explique Coline Bost, coordonnatrice régionale du Planning familial.

En 2023, un courrier de l’ARS Nouvelle-Aquitaine envoyé aux Plannings familiaux annonçait une refondation de la santé publique, pour s’assurer de l’efficacité des projets financés. Une demande prise en compte par l’association, assure Coline Bost, qui s’est attelée à mieux décrire ses actions et, dans une certaine mesure, à les adapter, en répondant notamment à des appels à manifestation d’intérêt lancés par l’ARS, en travaillant avec des équipes scientifiques, ou en délocalisant des permanences dans des territoires ruraux comme le Sud-Gironde.

Alors que l’ARS a indiqué que les actions du Planning familial de la Gironde n’étaient pas probantes, Coline Bost s’interroge sur la possibilité de mesurer statistiquement l’efficacité du travail d’accueil et d’écoute proposé. « Lorsqu’il s’agit d’accompagner une femme victime de violences ou confrontée à une grossesse non désirée, l’enjeu consiste précisément à prendre le temps d’écouter, d’informer et d’accompagner la personne dans sa décision », appuie-t-elle. Des données dont les résultats sont difficiles à quantifier.

« En Nouvelle-Aquitaine, nous avons donc essayé de faire tout ce qui nous était demandé, parfois par conviction, parfois sous contrainte de financement. Mais il est impossible de créer des programmes probants en quelques années lorsque ceux-ci n’existent pratiquement pas et que les financements destinés à soutenir leur évaluation n’ont été ouverts que récemment. Nous sommes ainsi confrontés à des injonctions contradictoires », défend Coline Bost.

Contexte financier critique
Interrogé par Le Monde, Benoît Elleboode, le directeur général de l’ARS Nouvelle-Aquitaine, réaffirme toutefois son soutien au Planning familial, « parce que la santé des femmes est une priorité. C’est aussi pour cette raison que nous développons les Maisons des femmes, la vaccination HPV dans les collèges ou encore la prise en charge de l’endométriose. Sur plusieurs indicateurs, nous sommes parmi les régions les plus avancées ».

Mais ces actions ne sont, selon Benoît Elleboode, plus suffisamment probantes au regard des besoins sociétaux. « Quand on dit qu’une action n’est pas probante, cela ne signifie pas qu’elle est inefficace. Cela signifie simplement que son efficacité n’a jamais été démontrée. Elle est peut-être efficace, mais nous ne disposons pas de preuves », décrit-il. Selon lui, l’association girondine a refusé les différentes propositions qui lui ont été faites et s’est isolée par rapport aux autres structures régionales. « Nous finançons les Plannings familiaux à un niveau largement supérieur à celui qui est observé dans les autres régions », avec, selon M. Elleboode, un budget de 1,3 million d’euros. « Rapporté à la population, peu de régions atteignent ce niveau d’engagement », poursuit-il.

Reste à savoir si de nouveaux partenaires pourront être trouvés, dans un contexte financier critique et instable pour les structures locales. Le département de la Gironde, contraint par un plan de retour à l’équilibre avec un déficit de près de 100 millions d’euros, n’a, selon Annie Carraretto, pas encore donné suite à sa subvention annuelle au Planning familial pour 2026.

Claire Mayer (Bordeaux, correspondante)