France Info : Cadmium : le dépistage gratuit "ne correspond pas à la contamination générale des Français", déplore Santé environnement France
Prescrits par les médecins, les dépistages pourront être remboursés pour les personnes qui vivent près d’un site industriel à risque, ou dans des territoires aux sols naturellement riches en cadmium. Bien trop restrictif pour le cardiologue Pierre Souvet, fondateur de l’association.
Article rédigé par franceinfo, Avec ICI Paris Ile-de-France Radio France
Publié le 16/06/2026
Le dépistage de l’exposition au cadmium en laboratoire de ville sera remboursé pour les patients à risque à partir de mardi 16 juin. "C’est quand même mieux qu’avant puisqu’il y avait zéro dépistage", reconnaît Pierre Souvet, cardiologue et fondateur de l’association Santé environnement France, sur ICI Paris Île-de-France(Nouvelle fenêtre). Toutefois, il déplore que les populations ciblées par ce dépistage "ne correspondent pas à la réalité" des populations à risque d’être contaminées. Il appelle les autorités à "agir concrètement" et à prendre toute la mesure de cet "enjeu de santé publique".
Le dépistage d’exposition au cadmium, ce métal lourd cancérogène, consiste en un dosage urinaire appelé cadmiurie, qui reflète l’accumulation dans les reins. Il devra être prescrit par un médecin et vise à détecter les personnes potentiellement surexposées au cadmium, comme celles vivant dans des zones contaminées ou présentant des signes d’intoxication.
Des conditions trop restrictives
"La difficulté, c’est que ça concerne des sites pollués", explique le cardiologue. "Soi-disant il y en a 7 000 en France, ce qui évidemment ne correspond pas à la contamination générale des Français", poursuit Pierre Souvet. Il prend l’exemple d’un Francilien, "qui est peut-être très contaminé parce qu’il mange trop de céréales, trop de patates, de chocolat, qu’il fume, qu’il a un déficit en fer... S’il habite dans un immeuble dans le 9e arrondissement de Paris, lui n’a pas droit d’être dépisté. Donc ça ne correspond pas à la réalité".
Par ailleurs, selon le cardiologue, les conditions d’accès à ce dépistage gratuit sont encore opaques. "Pour les enfants, par exemple, le dépistage est nécessaire s’ils se rongent les ongles, s’ils sucent leur pouce, s’ils mangent la terre, c’est très compliqué pour la population générale". Il ajoute qu’il faut "avoir habité au moins dix ans, ou alors quand on était petit" dans une zone contaminée.
"Les Français sont contaminés"
Beaucoup de médecins redoutent d’être "sanctionnés s’ils prescrivent pensant bien faire, alors que ça ne respecte pas tous les critères", complète Pierre Souvet. Pour lui, "il aurait fallu simplifier". "Les médecins ne sont pas des prescripteurs à gogo", il aurait fallu aussi "leur donner la liberté en fonction des expositions, notamment alimentaires et industrielles, pour pouvoir dépister les gens et rechercher les pathologies".
Il a donc "la sensation que c’est un problème économique" que les autorités sanitaires "ont peur qu’il y ait un déluge de prescriptions, alors que c’est un enjeu de santé publique". "Les Français sont contaminés et il faut se donner tous les moyens pour lutter efficacement contre cette affaire", plaide le fondateur de l’association Santé environnement France.