Le financement de la Sécurité sociale

Le Monde.fr : Déficit de la « Sécu » : un dérapage difficile à corriger sur l’exercice en cours

il y a 6 jours, par infosecusanté

Le Monde.fr : Déficit de la « Sécu » : un dérapage difficile à corriger sur l’exercice en cours

Selon de nouvelles prévisions, dévoilées jeudi, le solde entre les dépenses et les recettes du système de solidarité pourrait se dégrader en 2026, atteignant − 20,4 milliards d’euros, soit 1 milliard de plus que ce qui était anticipé.

Par Bertrand Bissuel

Publié le 29/05/2026

Un déséquilibre voué à s’amplifier ? Jeudi 28 mai, la commission des comptes de la Sécurité sociale a présenté un rapport dont le contenu confirme les craintes qui émergeaient depuis plusieurs semaines. D’après ce document, le déficit de notre système de solidarité, déjà considérable, pourrait se creuser en 2026, atteignant un niveau plus élevé que celui prévu initialement, en raison du choc infligé à l’économie mondiale par le conflit dans le golfe Arabo-Persique. Le gouvernement tente de contenir le dérapage, mais ses marges de manœuvre pour intervenir sur l’exercice en cours sont contraintes.

Le budget de la « Sécu » pour 2026 tablait sur un solde entre les dépenses et les recettes de − 19,4 milliards d’euros. Cette prévision risque fort d’être caduque, comme le montre le rapport dévoilé, jeudi après-midi, aux membres de la commission des comptes de la Sécurité sociale, composée de parlementaires, de hauts fonctionnaires, de représentants syndicaux et patronaux, etc. De nouvelles projections financières ont été calculées pour tenir compte de la détérioration de la conjoncture, avec des perspectives de croissance revues à la baisse et des hypothèses d’inflation ajustées à la hausse. Résultat : le déficit des régimes de base augmenterait, pour se hisser à 23,2 milliards d’euros, soit 3,8 milliards de plus que ce qui était escompté au départ.

Cependant, ce chiffrage ne prend pas en considération une mesure annoncée le 22 mai par l’exécutif pour limiter les dégâts : le barème des exonérations de cotisations va rester inchangé, malgré la revalorisation du smic à partir du 1er juin. Cette décision évite une « perte de recettes » qui se serait produite si les allégements de charges avaient suivi la progression du salaire minimum, explique-t-on au cabinet de David Amiel, le ministre de l’action et des comptes publics. Ainsi mise à jour, la prévision de déficit pour 2026 est désormais de 20,4 milliards, ce qui signifie tout de même une dégradation de 1 milliard d’euros par rapport à la cible initiale. En outre, ce scénario est très fragile, du fait des inconnues quant à la durée et aux retombées de la guerre au Moyen-Orient.

Jeudi après-midi, pendant la réunion de la commission des comptes de la « Sécu », M. Amiel n’a fourni aucune indication sur les pistes d’économies qui pourraient être envisagées afin d’éviter que le « trou » ne s’approfondisse en 2026. L’entourage du ministre, lui, se borne à dire que les « efforts » doivent s’accentuer face à l’« ampleur du déséquilibre » et à la « persistance de ses causes structurelles » – sans plus de précisions.

« Dépenses de “guichet” »
Ces éléments de langage un peu nébuleux montrent combien la gestation des arbitrages s’apparente à un casse-tête, d’abord parce qu’il est ardu d’infléchir en cours de route l’exécution d’un budget. « Beaucoup de dépenses relevant de la Sécurité sociale sont des dépenses obligatoires, dites “de guichet” », décrypte Thibault Bazin, député (Les Républicains) de Meurthe-et-Moselle et rapporteur général de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale. Autrement dit, il faut payer ce qui est dû aux assurés, en particulier tout ce qui a trait aux prestations.

Le gouvernement a toutefois la capacité d’agir par décret pour moduler la générosité de l’Etat-providence dans certaines situations : ainsi en va-t-il, par exemple, des « franchises », ces sommes qui restent à la charge des personnes après un acte médical, comme le rappelle Elisabeth Doineau, sénatrice (Union centriste) de la Mayenne et rapporteuse générale de la commission des affaires sociales au Palais du Luxembourg. Un fin connaisseur du dossier fait remarquer que des choix de cette nature sont délicats, car ils frappent au portefeuille des assurés. De plus, leur mise en œuvre prend un peu de temps, si bien que le rendement sur 2026 serait limité.

La puissance publique dispose d’un autre levier pour juguler les coûts dans l’urgence : le gel, voire la réduction, des dotations allouées aux branches de la « Sécu ». Ces crédits servent notamment à financer des établissements de santé ou médico-sociaux. Les frais de gestion des différents régimes peuvent également être mieux maîtrisés. Là encore, de telles solutions ne sont pas anodines, car elles touchent aux conditions de travail des agents qui « font tourner » le système, et à la manière dont ils s’occupent des assurés.

Au-delà des corrections de court terme, la commission des comptes de la « Sécu » insiste, dans son rapport publié jeudi, sur la nécessité de replacer les régimes sur une trajectoire de redressement. L’accumulation des déficits, année après année, provoque un gonflement de la dette sociale, dont une partie croissante est financée grâce à des emprunts sur les marchés de court terme. Cette situation est, selon la commission, porteuse de « risques » qui pourraient se traduire par des taux d’intérêt prohibitifs pour certaines opérations.

Bertrand Bissuel