Ebola

Libération.fr : Ebola : origine, symptômes, traitements… le profil d’un virus tueur qui sévit de nouveau en RDC

il y a 1 semaine, par infosecusanté

Libération.fr : Ebola : origine, symptômes, traitements… le profil d’un virus tueur qui sévit de nouveau en RDC

La nouvelle flambée du virus dans ce grand pays d’Afrique centrale, marquée par un variant sans traitement spécifique ni vaccin, a poussé l’OMS à relever ce dimanche son niveau d’alerte, pour le faire passer en « urgence internationale ».

ParCharles Delouche-Bertolasi•Olivier Monod

Publié le 17/05/2026

Dix ans après la fin de la dernière épidémie d’ampleur en Afrique, le virus Ebola se manifeste à nouveau. Depuis environ trois semaines, la république démocratique du Congo est le théâtre d’une résurgence inquiétante du virus. La province d’Ituri, dans le nord-est du pays, est frappée par le variant Bundibugyo, contre lequel il n’existe aucun vaccin. Samedi 16 mai, le bilan provisoire était de 88 décès vraisemblablement dus au virus sur 336 cas suspects, selon l’agence sanitaire de l’Union africaine (Africa CDC). L’un des décès a été signalé en Ouganda. Pour Antoine Flahault, professeur de santé publique à l’université Paris-Cité, la priorité actuelle est « l’assistance humanitaire d’urgence » aux populations touchées. Libération fait le point.

Où en est l’épidémie ?
« Cette épidémie Ebola a été découverte tardivement, ce qui est inquiétant », commente Renaud Piarroux, spécialiste des maladies infectieuses à Sorbonne-Université. Quand l’Africa CDC a donné l’alerte vendredi 15 mai, elle donnait déjà 246 cas suspects dont 65 mortels. Ce dimanche 17 mai, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré l’urgence de santé publique de portée internationale, son deuxième niveau d’alerte. L’épidémie est donc déjà bien entamée et disséminée sur plusieurs foyers. .

Pourquoi cette alerte tardive ? La région touchée, la province d’Ituri, est marquée par des violences perpétrées par une myriade de groupes armés. De quoi rendre très difficile l’accès aux soins pour les populations menacées. Il pourrait aussi y avoir une raison technique. « Les automates de diagnostics ont pu être mis en défaut, car ils sont calibrés pour reconnaître une autre souche du virus », avance Sylvain Baize, responsable du Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales à l’Institut Pasteur.

Que sait-on de ce virus ?
La maladie à virus Ebola « est provoquée par des virus de la famille des Filoviridae et du genre Orthoebolavirus », indique l’Institut Pasteur. Ce genre comprend six espèces, les trois premiers, Zaïre, Soudan, Bundibugyo, étant à l’origine de flambées épidémiques. La souche Zaïre a causé l’immense majorité des cas depuis 2014. Mais l’épidémie actuelle est due à Bundibugyo, « l’une des espèces les moins létales, précise Sylvain Baize. Lors des deux précédentes épidémies [en 2007 et 2012, ndlr], son taux de létalité [nombre de morts rapporté au nombre de cas] était de 30 % pour la première et de 50 % pour la deuxième. » L’Institut Pasteur observe des taux de létalité d’Ebola, toutes souches confondues, compris entre 25 et 90 %, avec une moyenne à 50 %.

Selon l’hypothèse la plus répandue, des chauves-souris pourraient être les principaux réservoirs de ces virus. Ces animaux ne développent pas la maladie tandis que d’autres mammifères, comme les grands singes, antilopes ou porcs-épics, peuvent le véhiculer puis le transmettre à Homo Sapiens. « Toutes les activités humaines comme la déforestation ou l’exploitation forestière qui vont faire bouger les chauves-souris ou les grands singes augmentent le risque épidémique car elles favorisent la rencontre entre un humain et le virus », prévient Sylvain Baize. Il précise que « la tradition de chasse des grands singes est aussi déclencheur d’épidémie ».

Quels sont les symptômes et les traitements ?
La durée d’incubation, soit le temps écoulé entre l’infection et l’apparition des symptômes, varie de 4 à 21 jours. Bundibugyo provoque les mêmes symptômes que les autres souches d’Ebola : brusque fièvre, faiblesse intense, douleurs musculaires et articulaires, maux de tête et de gorge. Ils sont suivis de vomissements, de diarrhées, d’éruptions cutanées, d’une atteinte rénale et hépatique et parfois d’hémorragies internes et externes.

La contamination interhumaine peut se faire de manière directe (via le sang ou les liquides biologiques) ou indirecte (via des objets ou surfaces contaminés par ces liquides). « Les obsèques sont souvent des moments de contagion, précise Sylvain Baize. Les corps des patients décédés sont très contagieux, or beaucoup de rituels locaux passent par un lavage du mort ». Ebola ne se transmet pas ou très peu par voie aérienne.

A ce stade, il n’existe ni traitement antiviral ni vaccin contre la souche Bundibugyo. Les seuls vaccins et traitements connus sont efficaces contre la souche « Zaïre ». La prise en charge consiste donc en un traitement des symptômes des patients (réhydratation, transfusion, réanimation…), souvent insuffisant.

Existe-t-il un risque pandémique ?
Il ne s’agit pas de la première flambée épidémique due à Ebola. Mais « Ebola n’a jamais été pandémique depuis cinquante ans que l’on connaît ce virus », note Antoine Flahault. Autrement dit, la circulation de la maladie ne s’étend pas au monde entier. Cette nouvelle épidémie ne fait pas exception. Elle « ne répond pas aux critères d’une urgence pandémique », a communiqué le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, ce dimanche.

Ceci dit, « il s’agit d’une mise à l’épreuve de l’OMS post-Trump », s’inquiète Renaud Piarroux. Le financement et la coordination de la réponse sanitaire à un tel fléau dépendent des organismes internationaux comme l’OMS, dont les budgets ont fondu après le retrait américain.