France Info : "En cas de pandémie, nous ne sommes pas prêts" : en Argentine, la recherche sur l’hantavirus tente d’avancer malgré les coupes budgétaires
Article rédigé par Hajera Mohammad, Jérémy Tuil, Caroline Vicq Radio France
Publié le 15/05/2026
Depuis l’accession au pouvoir de l’ultralibéral et antivax Javier Milei, la recherche médicale a vu ses financements publics réduits à peau de chagrin. Des projets ont été gelés et des bourses supprimées.
En Argentine, le ministère de la Santé annonce qu’une mission scientifique va se rendre la semaine prochaine à Ushuaïa, là d’où est parti, début avril, le bateau de croisière sur lequel se sont déclarés les cas d’hantavirus des Andes. La mission aura pour but de découvrir si le rongeur qui le transmet l’homme est présent dans cette région très touristique, alors que jusque-là il n’était présent que dans des provinces de Patagonie, plus au nord.
Mais dans l’Argentine de Javier Milei, l’ultralibéral connu pour être un président antivax et qui a sorti, en 2025, son pays de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les financements alloués à la recherche médicale se sont réduits à peau de chagrin.
"Les projets sont gelés"
Fernando Tortosa est l’une des références en Argentine sur l’hantavirus, directeur du laboratoire de recherche de l’université de Rio Negro, il teste en ce moment même un nouveau traitement sur des malades. "Nous sommes en train d’étudier un traitement, sur les cinq personnes qui l’ont reçu, quatre ont survécu et une est morte, raconte-t-il. Ce sont des observations, pas un essai clinique. Pour ça il nous faudrait plus de patients à tester afin d’en tirer des conclusions."
Et plus de moyens aussi, mais c’est tout le contraire depuis l’arrivée de Javier Milei au pouvoir. "99% de la recherche fonctionne grâce aux fonds publics, rappelle-t-il. En général, nous travaillons avec des bourses, mais elles ont en grande partie été supprimées. Les projets sont gelés et ils ont fermé le centre de recherche de santé publique, tout est dit."
Une médiatisation qui crée "des opportunités"
Et ce qui désespère aussi ce chercheur, c’est de voir que les discours anti-sciences du président trouvent écho chez certains Argentins : "Autant avant, quand on a eu la grippe aviaire, l’hantavirus, puis le Covid, on avait le soutien de la population et des ressources de l’Etat. Aujourd’hui, on a ni l’un ni l’autre." Fernando Tortosa en est convaincu : "En cas de pandémie, nous ne sommes pas prêts."
Avec la médiatisation actuelle, on pourra peut-être au moins faire avancer la recherche au niveau mondial, espère Fernando Tortossa. "Ce genre de situation génère toujours des opportunités pour avancer, poursuit le scientifique. Ce serait idéal que toutes les équipes de recherches créent un réseau mondial pour collaborer ensemble." Avec il espère, un jour, un vaccin contre l’hantavirus des Andes, qui, depuis un an, a causé la mort de 32 personnes en Argentine.