France Info : "Les populations de rongeurs prolifèrent" : pourquoi le changement climatique favorise la diffusion de l’hantavirus
Article rédigé par Marie-Adélaïde Scigacz France Télévisions
Publié le 16/05/2026
Selon les scientifiques, des pluies intenses associées au phénomène El Niño ont favorisé un développement accru de la végétation et une plus grande disponibilité de nourriture pour les rongeurs, vecteurs du virus mortel pour l’homme.
Où le couple de Néerlandais qui a apporté l’hantavirus à bord du MV Hondius a-t-il été contaminé ? Dans le nord de l’Argentine, où la souche des Andes, la seule permettant la transmission de la maladie entre humains, est endémique ? Ou dans la région d’Ushaïa, à l’extrême sud du pays, où aucun cas n’a jusqu’ici été recensé ? Pour en avoir le cœur net, les autorités sanitaires argentines ont annoncé, jeudi 14 mai, l’envoi d’une mission scientifique en Terre de Feu, dans le sud du pays. Chargés d’y capturer des rongeurs et de les étudier, ses membres devraient pouvoir, d’ici quelques semaines, lever le doute sur cette question essentielle.
Alors que le changement climatique conduit des animaux et insectes vecteurs de maladies (rats, moustiques...) à explorer de nouveaux territoires, les experts argentins doutent fortement de la possibilité de trouver, dans cette région du bout du monde, le rat à longue queue, seul transmetteur connu de la souche andine du virus. En revanche, nombre d’entre eux assurent que les conditions météorologiques observées ces dernières années dans plusieurs provinces argentines ont joué un rôle dans sa transmission.
Des pluies intenses qui favorisent la "pullulation" des rongeurs
Après deux années sèches, des pluies intenses associées au phénomène El Niño ont favorisé un "développement accru de la végétation et une plus grande disponibilité de nourriture pour les rongeurs", explique à l’AFP le biologiste Raul Gonzalez Ittig, professeur de génétique des populations à l’université de Córdoba. Egalement cité par l’agence américaine AP(Nouvelle fenêtre), il détaille : "Lorsque les précipitations augmentent, la nourriture est plus abondante, les populations de rongeurs prolifèrent et, en présence de rongeurs infectés, le risque de transmission entre rongeurs – et, à terme, à l’humain – s’accroît également".
En provoquant de plus en plus de phénomènes météorologiques extrêmes, comme les tempêtes, le changement climatique a une incidence sur la densité et les déplacements des rongeurs, abondait récemment Serge Morand, biologiste au CNRS cité par franceinfo. Toutes les régions du monde sont exposées à ces phénomènes de "pullulations", c’est-à-dire des explosions démographiques qui peuvent multiplier leur densité par 50, 300, voire 500, dans le cas des campagnols européens, vecteurs d’un hantavirus responsable en Europe de cas de néphropathie épidémique, une maladie virale émergente.
Dans une étude de (Nouvelle fenêtre)2021(Nouvelle fenêtre) traitant de l’effet du réchauffement climatique sur les différents hantavirus sur le continent américain et dans les Caraïbes, le biologiste Kirk Douglas, citait en guise d’exemple une épidémie survenue dans le sud-ouest des Etats-Unis, en 1993, à la suite "d’une forte augmentation des précipitations liée à l’épisode El Niño de 1992-1993." "Cette augmentation a entraîné une prolifération des ressources alimentaires pour les rongeurs et une multiplication par 20 de leur population, suivie d’une invasion des bâtiments et d’un risque accru d’infections humaines au hantavirus", écrivait ce spécialiste des hantavirus depuis plus de vingt ans à l’université des Antilles, à la Barbade.
Des conditions propices, portées par El Niño
Le phénomène El Niño n’est pas directement lié au changement climatique, dont l’origine humaine est démontrée par les scientifiques. Cependant, la combinaison des deux phénomènes augmente le risque de catastrophes. Alors que l’Organisation météorologique mondiale (OMM) a alerté en avril sur la probabilité de plus en plus forte de connaître un épisode El Niño particulièrement intense à partir de cet été, James Shepherd, spécialiste des maladies infectieuses à l’université de Yale, aux Etats-Unis, met en garde. "Les populations de rongeurs dans les zones agricoles humides du monde entier auront tendance à exploser et à proliférer massivement, ce qui augmentera le nombre d’agents pathogènes qu’ils transportent", a-t-il exposé dans le podcast Heated(Nouvelle fenêtre), consacré aux questions climatiques.
"La plupart de ces agents pathogènes ne sont pas aussi mortels que l’hantavirus, mais il est certain que ce phénomène El Niño extrêmement puissant entraînera des changements au niveau des vecteurs, des virus et des bactéries présents dans l’environnement", a-t-il ajouté.
Or, si la hausse des précipitations favorise l’augmentation des populations de rongeurs, l’alternance de telles conditions avec des épisodes de sécheresse peut, elle aussi, favoriser la transmission de l’hantavirus à l’homme, a poursuivi Kirk Douglas, interrogé à la même occasion. "Que font les humains en période de sécheresse ? Ils stockent des aliments, notamment en Amérique latine. Les céréales stockées attirent particulièrement les rongeurs, qui y trouvent de la nourriture en cas de pénurie. Mais cela les rapproche aussi des humains", explique-t-il.
Si la transmission interhumaine "n’est pas la règle", car elle requiert un contact rapproché à moins d’un mètre pendant trente minutes, "les humains ont commencé à occuper davantage de milieux où vivaient les rongeurs", note également auprès de l’AFP l’épidémiologiste Rodrigo Bustamante, de l’hôpital argentin de Bariloche.