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France Info : Dengue, Zika, fièvre hémorragique... Quelles sont les maladies qui menacent l’Europe, sous l’effet de la hausse des températures et de la crise climatique ?

il y a 3 semaines, par infosecusanté

France Info : Dengue, Zika, fièvre hémorragique... Quelles sont les maladies qui menacent l’Europe, sous l’effet de la hausse des températures et de la crise climatique ?

Entre 2015 et 2024, le risque moyen global d’épidémie de dengue a augmenté de 297% sur le continent, par rapport à la période 1981-2010, rapportent les auteurs du "Lancet Countdown".

Article rédigé par Marie-Adélaïde Scigacz France Télévisions

Publié le 22/04/2026

Le changement climatique tue de plus en plus, y compris en Europe. Dans la troisième édition du rapport "Lancet Countdown" dédiée exclusivement au Vieux Continent et publiée mercredi 22 avril, 65 chercheurs issus de 43 organisations se sont penchés sur les conséquences de la hausse des températures moyennes sur la santé humaine. Ils dressent le constat d’"une nette augmentation des effets néfastes directs et indirects de l’exposition à la chaleur sur la santé en Europe", où presque toutes les régions ont enregistré une augmentation des décès attribuables à la chaleur entre 2015 et 2024, par rapport à une période de référence établie entre 1991 et 2000. En 2024, le nombre de victimes de ces températures en hausse est estimé à 62 000, selon l’étude dévoilée par la revue scientifique et médicale The Lancet.

Mais le changement climatique, causé par nos émissions de gaz à effet de serre, ne se contente pas de mettre les corps à l’épreuve de fortes chaleurs. Insécurité alimentaire liée à des épisodes de sécheresse, facteurs économiques qui se répercutent sur la santé des Européens... Le rapport évalue aussi les menaces indirectes, comme l’allongement de la saison des pollens de une à deux semaines, qui torturent les personnes allergiques, ou la progression des maladies "émergentes et réémergentes", décrite comme "rapide au cours de la dernière décennie".

Dengue, chikungunya et virus Zika déjà en hausse
Du fait de la hausse des températures moyennes sur le continent européen, The Lancet fait état d’une "expansion de l’aire de répartition géographique de certains vecteurs de maladies, accompagnée d’épidémies plus fréquentes". Parmi ces vecteurs figurent les moustiques de la grande famille Aedes, qui transportent la dengue, le chikungunya et le Zika. La température de l’air, les précipitations et l’humidité "influencent significativement l’habitat, la distribution géographique, la biologie vectorielle et la dynamique des populations de moustiques vecteurs responsables de la transmission" de ces virus, écrivent les scientifiques.

La période d’incubation chez les moustiques qui piquent une personne infectée est elle aussi affecté par le climat, notent les chercheurs, pour qui "la compréhension de l’interaction entre le climat et la biologie du moustique Aedes est cruciale pour prédire et atténuer la propagation" de ces virus.

"La fréquence des épidémies locales augmente de 1,24 fois par an en moyenne, la plupart des épidémies locales survenant en France", démontre ainsi la publication scientifique. En Europe, en 2024, 304 cas autochtones de dengue ont été recensés par l’OMS. Contre un total de 275 cas au cours des 15 années précédentes, écrivait The Lancet dans un précédent rapport(Nouvelle fenêtre) dédié à la progression du virus. La Croatie, l’Italie, la France et l’Espagne ont chacun signalé des foyers autochtones, suggérant "une progression de cas sporadiques vers une endémicité dans ces pays, accompagnée d’une expansion géographique vers des zones jusque-là non touchées."

Entre 2015 et 2024, le risque moyen global d’épidémies de dengue a ainsi augmenté de 297% en Europe, par rapport à la période de référence (1981-2010). La plus forte augmentation du risque a été observée dans l’est de l’Europe (+340%), suivie de la partie nord du continent (+189%) et de l’Ouest (+147%). C’est dans le sud de l’Europe que la hausse de ce risque a été la plus faible (+74%). Des "tendances similaires ont été observées pour les virus chikungunya et Zika", relève The Lancet.

La menace d’un climat de plus en plus propice à une bactérie à l’origine des cas de paludisme les plus meurtriers
L’Afrique reste de loin la région du monde la plus touchée par le paludisme, représentant 94% des cas et 95% des morts recensées dans le monde. Les objectifs fixés par la Stratégie technique mondiale de lutte contre le paludisme pour la période 2016-2030 sont "encore loin d’être atteints", la maladie ayant emporté 610 000 personnes en 2024 (sur environ 282 millions de cas, en légère augmentation par rapport à l’année précédente), selon l’OMS(Nouvelle fenêtre). Si le principal défi consiste à éradiquer la maladie dans les pays les plus touchés, le rapport de The Lancet s’inquiète de voir augmenter "l’adéquation climatique" de l’Europe à ce fléau, une dizaine d’années après son éradication(Nouvelle fenêtre).

En plus de la présence de moustiques vecteurs, eux-mêmes sensibles à la chaleur, l’étude "Lancet Countdown" suggère que les conditions sur le Vieux Continent sont de plus en plus propices à la présence du parasite Plasmodium falciparum, connu pour causer les cas de paludisme les plus sévères, dans les zones subtropicales. "Par rapport à la période 1981-2010, l’adéquation climatique à P. falciparum a augmenté dans le sud (26,6%), l’ouest (16,4%) et le nord (46,7%) de l’Europe et a diminué de 8,9% pour P. vivax [un autre parasite à l’origine du paludisme] en Europe de l’Est entre 2015 et 2024", détaille le rapport.

Des maladies qui voyagent avec les tiques
Dans son étude annuelle, The Lancet s’intéresse aux effets du changement climatique sur deux espèces de tiques, déjà présentes en Europe : les tiques Ixodes, qui transmettent à l’humain la maladie de Lyme, et les tiques Hyalomma, qui peuvent quant à elles transmettre la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (FHCC). Entre 2015 et 2024, "l’adéquation climatique est restée stable pour les tiques Ixodes, mais a augmenté pour Hyalomma par rapport à la période 1981-2010", détaille le rapport. Ainsi, la saison d’activité de la tique Ixodes, adaptée aux régions tempérées et humides, a légèrement diminué (-0,9%) en Europe du Sud, tandis que celle de la tique Hyalomma, adaptée aux environnements chauds et secs, a fortement augmenté (+11,9%).

Si aucune infection humaine n’a été rapportée en France à ce jour, "l’Union européenne a enregistré quatre cas de FHCC en 2022, dont deux mortels, puis un cas mortel signalé en Espagne", selon l’ANRS Maladies infectieuses émergentes(Nouvelle fenêtre). En 2025, Santé publique France(Nouvelle fenêtre) a pour sa part souligner que le risque de contamination était "désormais démontré", alors que "des tiques Hyalomma infectées par le virus sont présentes dans le sud de la France". Décrivant un virus "qui peut provoquer chez l’humain de la fièvre, des frissons, des troubles digestifs et, dans de rares cas, des formes graves avec des saignements incontrôlés (signes hémorragiques)", l’agence de santé publique mettait alors de la documentation à disposition des professionnels de santé. La circulation du virus de la FHCC a notamment été identifiée dans les Pyrénées-Orientales, avec la détection en 2023 du virus dans des tiques Hyalomma.

En 2025, une équipe du Cirad(Nouvelle fenêtre) a dévoilé des travaux attestant pour la première fois de la présence d’anticorps contre le virus chez les animaux d’élevage et sauvages, lors d’une étude menée entre 2008 et 2022 dans le sud de la France. "Des résultats qui suggèrent une circulation probable du virus dans différents départements français du pourtour méditerranéen et des Pyrénées."

Des bactéries porteuses de maladies gastriques à l’affût des littoraux
Les vibrions sont des bactéries aquatiques que l’on peut trouver dans les fruits de mer. "Certaines souches sont pathogènes et peuvent provoquer des gastro-entérites ou des infections graves", prévient l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa)(Nouvelle fenêtre). Avec l’augmentation de la température de surface de la mer, les zones côtières propices à leur transmission ne cessent de s’agrandir, exposant de plus en plus d’Européens à "des infections de gravité variable", à travers la nourriture donc, mais aussi par le biais des activités aquatiques, précise l’étude de The Lancet.

Selon les chercheurs, les littoraux de la mer Baltique et d’Europe du Nord ont enregistré une augmentation de 50% du nombre de kilomètres de côtes propices aux vibrions au cours de la dernière décennie (2015-2024) par rapport à la période de référence. Si les pays qui bordent la Méditerranée sont "généralement considérés comme des zones à faible risque en raison de sa forte salinité", l’Italie et la France ont toutefois enregistré une augmentation de 31,6% de leur littoral favorable à la prolifération de ces bactéries au cours des années étudiées.