Liberation.fr : « Les infirmières vont être une porte d’entrée supplémentaire dans le système de soins » : la ministre de la Santé détaille leurs nouvelles compétences
Stéphanie Rist a levé un peu le voile, ce jeudi 29 janvier, sur ce que les infirmières pourront prescrire en consultation directe. Les textes fixant précisément la liste des actes et soins relevant de leurs nouvelles prérogatives devraient être pris « au premier semestre ».
ParNathalie Raulin
Publié le 29/01/2026
C’est un espoir pour les Français confrontés à des difficultés grandissantes d’accès aux soins. Ce jeudi 29 janvier, en déplacement dans la Marne, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, s’est engagée à publier « au premier semestre » les arrêtés énumérant précisément les nouvelles compétences des infirmières, actées par décret le 26 décembre. Soit d’une part les actes et soins qu’elles seront habilitées à réaliser, notamment en accès direct sans l’aval préalable d’un médecin, et d’autre part, la liste des produits de santé et examens complémentaires qu’elles seront autorisées à prescrire.
« Les infirmières sont nombreuses et bien réparties sur le territoire, le système de soins a besoin d’elles, a insisté la ministre au micro d’Ici Champagne-Ardennes. Leurs compétences vont être renforcées. Par exemple, quand vous aurez une plaie, vous pourrez consulter directement une infirmière qui pourra prescrire ce qui est nécessaire pour la soigner. Elle pourra aussi délivrer des kits pour le dépistage du cancer colorectal. La campagne pour le cancer colorectal, c’est au mois de mars. On travaille pour que les textes d’application soient pris d’ici là. »
« Ménager les médecins »
Une échéance de nature à rassurer des syndicats infirmiers pour qui la lenteur de l’administration à finaliser les textes d’application de la loi votée en juin 2025 n’augurait rien de bon. « On était un peu inquiets, admet Daniel Guillerm, président de la Fédération nationale des infirmiers (FNI), premier syndicat représentatif de la profession. On trouve que le cabinet de la ministre et la direction générale de l’offre de soins mettent beaucoup de temps. On sent qu’ils veulent ménager les médecins pour éviter qu’ils ne freinent la mise en œuvre de la réforme. »
De fait, échaudé par la grève des praticiens en janvier, le ministère fait preuve de prudence. S’il travaille à élargir les prérogatives des infirmières consultées en accès direct, c’est avec mesure. La principale avancée concerne le traitement des plaies, évoqué par Stéphanie Rist. Outre les produits de santé nécessaires, les infirmières pourront prescrire à l’avenir des examens biologiques complémentaires, des radiographies standards des pieds dans le cas d’une recherche d’ostéite (inflammation des os), ou même des chaussures thérapeutiques.
En matière de prévention, elles gagnent cependant aussi en autonomie. Elles pouvaient déjà prescrire et administrer les vaccins obligatoires à partir de onze ans (sauf patients immunodéprimés), ceux contre la grippe et le Covid dès 5 ans, ou encore réaliser des tests pour certaines infections sexuellement transmissibles (VIH, hépatites, chlamydia…). A l’avenir, elles devraient aussi pouvoir prescrire des bilans sanguins pour la recherche de maladies sexuellement transmissibles ou l’évaluation de risques cardiovasculaires. Même avancée sur la prévention tabagique. Outre les substituts nicotiniques, les infirmières devraient prochainement pouvoir prescrire des examens biologiques ou des radiographies standards en cas de signe évocateur de pathologie respiratoire. « Ce n’est pas le grand soir mais cette réforme clarifie nos domaines de compétences, consacre notre droit de prescription et autorise des actes nouveaux, estime le président de la FNI. L’objectif, ce n’est pas du tout de remplacer les médecins. C’est de pouvoir être une porte d’entrée supplémentaire dans le système de soin. » Face à la progression des déserts médicaux, au vieillissement de la population et à la montée en puissance de la demande de soins à domicile, mobiliser les compétences des quelque 600 000 infirmiers qui exercent sur le territoire, dont environ 100 000 en libéral, s’impose.