France Info : "Je ne vais pas pouvoir" : la couverture santé de millions d’Américains menacée si l’Obamacare n’est pas renouvelé
Le financement de l’Obamacare, qui permet à 24 millions d’Américains d’avoir une assurance maladie abordable, est en discussion au Congrès jusqu’au 31 décembre. Donald Trump ne s’est pas encore prononcé, mais une partie des Républicains refuse son financement pour les trois prochaines années.
Article rédigé parAgathe Mahuet Radio France
Publié le 16/12/2025
Le compte à rebours a commencé. Avec une question cruciale : l’accès à une assurance santé abordable est-il compromis, aux Etats-Unis pour les 24 millions d’Américains à faibles revenus qui bénéficient des tarifs "Obamacare" ? Républicains et Démocrates ne parviennent pas à se mettre d’accord. Le Congrès est dans l’impasse alors que le système actuel arrive à son terme le 31 décembre prochain.
Si le budget de cette assurance n’est pas renouvelé, certains Américains devront payer presque dix fois plus cher leurs couvertures médicales, comme Amy, cette femme de 60 ans qui gère une petite entreprise de divertissement à Atlanta.
Amy arrive avec un grand sourire. Elle va "parfaitement bien", assure-t-elle, tout en grimaçant à cause des talons aiguilles et de son costume du jour. Une courte jupe rouge et un plateau d’appoint : ce jour-là, Amy est déguisée en hôtesse des années 30. "Je vais souhaiter un bon anniversaire à une fille qui travaille dans ce salon de coiffure. Je vais faire un mini-spectacle. Une dizaine de minutes". Depuis plus de 30 ans, Amy est "singing telegram" (chanteuse de télégrammes en français), un métier typiquement américain. Il s’agit de délivrer un message personnalisé en chanson, souvent pour un anniversaire, un mariage ou une promotion.
"Des fibromes nécessiteraient sans doute une intervention mais je n’ai pas les moyens"
Amy a des revenus très variables, elle ne roule pas sur l’or. Il lui est donc difficile d’assumer financièrement ses soucis de santé : "J’ai des problèmes de thyroïde depuis 15 ans. Et puis des fibromes qui nécessiteraient sans doute une intervention mais je n’ai pas les moyens".
Amy paye déjà chaque année 6 000 dollars de taxes et d’assurance pour sa maison. Et c’est sa priorité. D’ailleurs explique-t-elle, elle a vécu sans assurance santé durant tout ce temps jusqu’à trouver il y a quatre ans un contrat enfin accessible : "Bien sûr, je n’ai que la formule "bronze", c’est la moins chère. Je paye 30 dollars et 69 centimes (26 euros) par mois, ce qui me va bien".
Sauf que, faute d’accord parlementaire, les subventions accordées ces dernières années aux compagnies d’assurances vont prendre fin au 1er janvier. "Mon assureur m’a envoyé un courrier pour me dire que si je voulais poursuivre, ça passera à 270 dollars (230 euros) par mois. Je ne vais pas pouvoir. C’est neuf fois plus cher qu’aujourd’hui !" détaille Amy. Il lui reste 15 jours pour décider. Se priver de couverture et risquer des factures d’hôpital à cinq chiffres ? Impossible. Passer à un système de couverture encore plus basique ? Son assurance actuelle ne couvre déjà pas grand-chose. Elle ne comprend pas qu’il n’y ait pas de solutions politiques et que Trump ait pu être réélu.
"Les gens ont voté pour lui, c’était le Titanic. Et ils ont revoté pour lui. Moi, je ne suis pas partie en vacances depuis sept ans, la mer me manque". Et Amy conclut qu’il lui faudra sans doute travailler jusqu’à ses 70 ans. "Mais ça va, relativise-t-elle, je ne ferai plus forcément la danse du ventre, ou cracheuse de feu. Je continuerai le maquillage pour enfants, les sculptures de ballons et les télégrammes en chanson !"