PLFSS 2026

Le Monde.fr : Budget de la « Sécu » : l’enveloppe pour l’hôpital au cœur des inquiétudes

il y a 1 mois, par infosecusanté

Le Monde.fr : Budget de la « Sécu » : l’enveloppe pour l’hôpital au cœur des inquiétudes

Dans l’Hémicycle comme sur le terrain, l’évolution de l’objectif national de dépenses d’assurance-maladie est jugée insuffisante au vu des besoins. Le gouvernement a promis un geste.
Par Mattea Battaglia et Camille Stromboni

Publié le 06/11/2025

Hausse des franchises médicales, limitation des arrêts maladie, taxe sur les complémentaires santé… On ne compte plus les mesures d’économies sur la santé susceptibles d’embraser les débats budgétaires, alors que les députés planchent en séance publique, depuis mardi 4 novembre, sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS).

Mais il est un sujet qui pèse plus que les autres, ne cessent de rappeler les acteurs du système de soins : le budget de l’hôpital et de la médecine de ville, que résume un acronyme en cinq lettres, l’Ondam, pour objectif national de dépenses d’assurance-maladie, est au cœur des inquiétudes. Quand bien même l’exécutif a tenté, ces derniers jours, de donner quelques gages, en promettant 1 milliard d’euros supplémentaires en direction de l’hôpital, notamment.

La ministre des comptes publics, Amélie de Montchalin, l’a précisé, mardi, devant les députés : ce milliard sera « à répartir entre l’hôpital, le médico-social et France Santé [soit le projet du premier ministre, Sébastien Lecornu, de labellisation de 5 000 lieux pour accéder aux soins] ».

Dans l’Hémicycle, l’enveloppe initiale prévue par le gouvernement pour 2026 est fortement contestée : avec une évolution fixée à + 1,6 % – un niveau historiquement bas –, cet Ondam, qui atteint 270,4 milliards d’euros, apparaît bien en deçà de l’évolution dite « naturelle » des dépenses de santé, de + 4 % environ, du fait, notamment, du vieillissement de la population et de l’augmentation du nombre de malades chroniques. L’article 49 du PLFSS, qui traite du sujet, a été retoqué en commission des affaires sociales, le 31 octobre.

Sans attendre que celui-ci soit examiné en séance publique, plusieurs députés ont d’ores et déjà dénoncé un budget insuffisant. « Nous savons tous que cet Ondam ne pourra pas être tenu » et « qu’il aggravera le déficit des hôpitaux », a martelé le député communiste de l’Allier Yannick Monnet. Même le rapporteur général du texte, le député (Les Républicains) de Meurthe-et-Moselle Thibault Bazin, a défendu la nécessité de « corriger ce budget ». Les parlementaires ont pour eux l’actualité, avec des tensions dans les hôpitaux qui refont parler d’eux. A Caen, à Toulouse, des services des urgences sont contraints d’adapter de nouveau leur fonctionnement au manque de médecins.

Sur le terrain, les hospitaliers n’ont cessé d’alerter sur un Ondam « irréaliste », signant « la pire cure d’économies sur l’hôpital depuis les années 2010 », alors que les déficits des hôpitaux publics ont atteint quelque 3 milliards d’euros en 2024. En cause, la non-compensation de l’intégralité des conséquences de l’inflation et des revalorisations salariales intervenues ces dernières années, soutiennent-ils.

Retour à l’« austérité »
Le budget 2026, tel qu’il est inscrit dans le texte initial du PLFSS, avec 111,8 milliards pour les seuls établissements de santé, est synonyme, pour eux, d’un retour à l’« austérité », avec, très concrètement, de futurs tarifs hospitaliers (ces montants versés aux établissements en fonction de leur activité) voués à connaître une évolution négative en 2026 par rapport à l’année précédente.

Et c’est avec prudence qu’ils accueillent l’ouverture gouvernementale. « C’est un soulagement, réagit Zaynab Riet, déléguée générale à la Fédération hospitalière de France, lobby des établissements publics, qui demandait au moins 1,1 milliard d’euros de plus pour l’hôpital. Mais l’enveloppe promise doit bien être centrée sur les établissements de santé, plus précisément les hôpitaux publics, qui traitent des priorités de santé publique avec les activités les plus sous-financées. » Même réaction chez les directeurs de CHU, qui saluent un « geste positif », en attendant d’en « savoir plus » sur la répartition de la somme.

Avenue de Ségur, la ministre de la santé, Stéphanie Rist, veut insister sur le signal. « Nous nous sommes battus pour avoir ce milliard, qui sera essentiellement pour les établissements de santé », explique-t-elle au Monde, tout en précisant que 130 millions d’euros annoncés pour le réseau France Santé seraient inclus dans ce milliard. Elle n’était pas en mesure de détailler, en amont des débats en séance publique, comment cette rallonge serait financée.

Le gouvernement Lecornu avance sur une ligne de crête. Déjà lors du précédent exercice budgétaire, 1 milliard d’euros avaient été débloqués pour l’hôpital en dernière minute par l’exécutif dirigé, à l’époque, par François Bayrou, et intégrés dans le texte final du PLFSS 2025, après la chute du gouvernement Barnier sur ce même texte.

L’année qui vient de s’écouler a pourtant été des plus chaotiques : il a fallu quelques mois à peine pour que le budget de la « Sécu » soit dépassé, obligeant dès l’été à de nouvelles mesures d’économies – à hauteur de 1,7 milliard d’euros – à la suite de l’avis du comité d’alerte sur le respect de l’Ondam. Ce dernier a déjà alerté, mardi 4 novembre, sur des « risques significatifs » de dépassements pour 2026.

Mattea Battaglia et Camille Stromboni