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Liberation.fr : Budget de la Sécu : au 1er janvier 2026, l’assurance maladie remboursera moins les malades

il y a 3 mois, par infosecusanté

Liberation.fr : Budget de la Sécu : au 1er janvier 2026, l’assurance maladie remboursera moins les malades

Pour redresser les comptes de la Sécurité sociale, le gouvernement va doubler les franchises sur les médicaments et les consultations médicales. Tout le système de santé est promis au régime sec.

ParNathalie Raulin

Publié le 14/10/2025

Malades moins bien remboursés, tarif des radiologues et des biologistes sous surveillance, enveloppe budgétaire des hôpitaux et cliniques ultra-contrainte… Pour contenir la dérive du déficit de la Sécurité sociale, le gouvernement met l’assurance maladie sous pression comme jamais. C’est même une cure d’austérité généralisée que promet le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026, présenté ce mardi 14 octobre en Conseil des ministres. « Je ne serais pas le Premier ministre du dérapage des comptes publics », a martelé Sébastien Lecornu dans sa déclaration de politique générale, rappelant que la suspension de la réforme des retraites ne peut aller sans contreparties. Et pour la santé, elles sont douloureuses.

Pressé par le temps, son « gouvernement de mission » fait sien – en le durcissant – le plan de redressement présenté mi-juillet par son prédécesseur François Bayrou. Pour enrayer la dégradation des comptes de la branche maladie de la Sécu (16 milliards de déficit attendu en 2025), les économies à réaliser s’élèvent désormais à 7,1 milliards d’euros. Ainsi, les crédits alloués à l’assurance maladie ne progresseraient en 2026 que de 1,6 %. A peine plus que l’inflation. « Un effort de maîtrise nettement plus important que les années précédentes », constate le Haut Conseil des finances publiques dans un rapport remis au gouvernement le 9 octobre. Un euphémisme : en réalité, un tel serrage de vis ne permet pas de couvrir la hausse « naturelle » des dépenses de santé (de l’ordre de 3 à 4 %), liée au vieillissement de la population, et son corollaire, l’augmentation des pathologies chroniques.

La moitié de l’effort de la Sécu va reposer sur les malades
Instabilité politique oblige, le débat sur les réformes structurelles à engager pour garantir la soutenabilité à long terme du système d’assurance maladie est une fois de plus escamoté. En lieu et place, le gouvernement s’en tient à la logique du rabot. Au risque, tant cette fois les coupes claires sont importantes, de saper le principe de solidarité et d’universalité au fondement de notre modèle de protection sociale.

Pour cause, près de la moitié de l’effort réclamé à l’assurance maladie, soit 3,4 milliards d’euros, va en réalité se traduire par un transfert de charges massif vers les assurés sociaux et, dans une moindre mesure, vers les entreprises et les complémentaires. En clair, au prétexte de restaurer ses comptes, la Sécurité sociale est invitée à se débarrasser d’une partie du risque maladie sur le secteur privé.

Mesure emblématique du délitement en cours : le gouvernement a, ce mardi, confirmé son intention de doubler à compter du 1er janvier 2026 les montants et les plafonds des franchises médicales (sur les médicaments, actes paramédicaux, examen de radiologie et de biologie et transports sanitaires) et des participations forfaitaires sur les consultations chez le médecin. Pour la Sécu, c’est là économiser 2,3 milliards d’euros. Partant, c’est ponctionner d’autant le pouvoir d’achat des ménages, les franchises n’étant pas remboursées par les complémentaires.

Surtout, si tous les malades vont faire les frais de ces mesures (à l’exception des femmes enceintes et des bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire), les plus consommateurs de soin et donc les plus vulnérables sont les premiers concernés : leur reste à charge annuel, au seul titre des franchises et participation forfaitaire, va doubler de 100 à 200 euros. Le tout sans que le Parlement n’ait son mot à dire, le gouvernement projetant d’agir par décrets. Un accroc à la règle que le Premier ministre a lui-même énoncé devant les députés : « Le gouvernement propose, nous débattons, vous votez. » Le débat parlementaire n’en sera sans doute que plus éruptif sur les autres mesures d’économies envisagées. Soit une kyrielle de suppressions d’avantages octroyés jusqu’à présent aux malades en affection longue durée (ALD) ou de transferts de charge des arrêts maladie vers le privé…

Les hôpitaux ciblés en bout de chaîne ?
Les acteurs du système de santé ne sont pas non plus à la fête. La volonté du gouvernement de limiter à 2,5 milliards d’euros les dépenses nouvelles de l’assurance maladie promet de réduire à rien les marges de manœuvre des politiques publiques de santé, qu’il s’agisse de la lutte contre les déserts médicaux, de la promotion des actions de prévention ou des projets des établissements de santé. Mais il y a plus inquiétant encore. Au terme de sa copie budgétaire, le gouvernement escompte faire quelque 3,7 milliards d’euros d’économie grâce à des « mesures d’efficience ». En théorie, la régulation et la baisse de prix des médicaments et produits de santé doivent couvrir les deux tiers de ce montant. C’est passer un peu vite sur la capacité de résistance des acteurs privés de santé.

Alors qu’il avait prévu de baisser à compter du 1er septembre le plafond des remises que consentent les laboratoires aux pharmaciens sur le prix des médicaments génériques, l’exécutif a reculé devant le mouvement de protestation nationale des officines. Par arrêté du 7 octobre, la mesure censée rapporter 1 milliard d’euros à la Sécu a été « suspendue » jusqu’au 31 décembre… Les praticiens libéraux, dans le viseur pour cause de dépassement d’honoraires exagérés ou de rentes économiques excessives, ne sont pas moins combatifs. De quoi faire planer une lourde menace sur les hôpitaux, cible régulière et privilégiées des ajustements budgétaires en cas de dérapage des comptes.

Pas dupe, le Haut Conseil des finances publiques a prévenu : la situation financière de ces établissements publics est déjà « très dégradée » avec au moins 2,5 milliards de déficit attendu fin 2025. En clair, à trop charger la barque, c’est leur capacité à couvrir les besoins de santé de la population qui risque d’être compromise…