Liberation.fr : Dépenses médicales, AME… Le gouvernement s’attaque aux plus faibles en catimini
De quelle légitimité dispose ce gouvernement en fin de vie et sans majorité pour passer par décrets des coups de rabots sur la santé ou la révision des conditions d’attribution de l’aide médicale d’Etat ? Aucune.
par Jonathan Bouchet-Petersen
publié le 3 septembre 2025
Au-delà même du fond (sur lequel on reviendra), il y a de quoi être choqué par la méthode employée. Dans le contexte politique actuel, alors que le gouvernement est sur le point d’être renversé, on peut clairement s’interroger sur sa légitimité à avancer en catimini, pour tenter de faire passer à marche forcée des coups de rabot budgétaires. Il ne dispose pas de la moindre majorité parlementaire et tous les regards sont braqués sur le vote de confiance prévu le 8 septembre. Voilà pour le principe de base.
A ce titre, il est fort légitime que l’Unsa et la CGT s’insurgent contre l’examen prévu ce jeudi par le conseil d’administration de la Caisse nationale d’assurance-maladie (Cnam) de trois projets de décret visant à doubler le reste à charge des assurés sur les franchises médicales, au doublement de leur plafond (à 100 euros) et à augmenter les participations forfaitaires pour les consultations chez le généraliste. Autant de mesures qui, comme le souligne à raison Dominique Corona, secrétaire général adjoint de l’Unsa et membre du conseil d’administration de la Cnam, devraient trouver leur place dans le projet de loi de finances de la Sécurité sociale pour 2026. Il y a là une manœuvre pas glorieuse et même scandaleuse. Le président de la Cnam a d’ailleurs lui-même écrit au gouvernement pour demander un report de cet examen.
Arrêts maladies : les sommes en jeu restent marginales
Au-delà de cette méthode, le fait de juger pertinent de faire peser sur les dépenses sociales, notamment de santé, 5,5 milliards des 43,8 milliards d’euros d’économies envisagées par François Bayrou dans son projet de budget mort-né, est largement contestable. A ce titre, on a entendu ces derniers jours le chef du gouvernement partir en croisade contre les « dérives » des arrêts maladie ou envisager une réforme de la prise en charge des affections de longue durée (ALD). Si des abus existent, forcément, et qu’il est légitime de s’y attaquer, les sommes en jeu restent toutefois marginales. Le Premier ministre espère ainsi racler 30 millions d’euros sur les arrêts maladie (c’est-à-dire rien du tout)… Et sans jamais prendre à bras-le-corps la hausse inquiétante de la souffrance au travail, qu’elle soit physique ou psychologique.
A quoi se rapportent les 13 milliards de fraudes sociales évoqués par Catherine Vautrin ?
Voilà qui sert, en premier lieu, à installer un climat, toujours le même, en pointant des profiteurs, des assistés, etc. Ce qui est certain, c’est qu’au regard des sommes en jeu, on aimerait que le volontarisme soit le même pour lutter contre la fraude fiscale – et pas seulement au creux de l’été comme l’a fait François Bayrou en juillet –, autrement plus dommageable pour les finances publiques que la fraude sociale – cette dernière étant d’ailleurs en premier lieu le fait des entreprises à l’égard de l’Urssaf.
Objectif d’appâter l’extrême droite
On aimerait aussi que soit réformée la façon dont l’argent public est trop souvent distribué à des entreprises qui n’en ont pas besoin ou qui ne sont pas dans une dynamique de contreparties sociales ou écologiques. On parle là de centaines de milliards d’euros, à commencer par le détournement bien documenté du crédit d’impôt recherche.
Il est visiblement beaucoup plus facile de s’attaquer aux plus faibles, qu’ils soient chômeurs ou sans papiers. A six jours d’un vote de confiance qui devrait sceller son sort, on voit ainsi le gouvernement sortir de son chapeau des décrets pour réformer l’Aide médicale d’Etat (0,5 % des dépenses de santé). Avec l’objectif d’appâter l’extrême droite et la droite sur un sujet dont elles font, depuis des lustres, un cheval de bataille au mépris des logiques sanitaires et humaines. Comme si c’était cela la priorité budgétaire du pays.