Liberation.fr : Doublement des franchises médicales : avant de partir, Bayrou fait les poches des malades
par Nathalie Raulin
publié le 04/09/2025
« Ecœurés » et « scandalisés par la malhonnêteté de Bayrou ». Ce jeudi 4 septembre au sortir du conseil d’administration de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), les représentants syndicaux ne cachaient pas leur amertume. En dépit de leurs protestations véhémentes, l’ordre du jour de la réunion est resté inchangé, les obligeant à rendre un avis sur trois projets de décrets du gouvernement de François Bayrou, et autant de coups de matraque sur les malades. Au menu : un nouveau doublement des franchises sur les boîtes de médicament prescrites (de 1 à 2 euros), sur les actes paramédicaux (de 4 à 8 euros), sur les transports sanitaires (de 8 à 16 euros) ; le tout assorti d’un doublement du plafond annuel de ces franchises, somme au-delà de laquelle l’assuré social en est exempté, de 50 à 100 euros.
Comme s’il n’y suffisait pas, un décret prévoit d’augmenter la participation forfaitaire sur les consultations médicales – et partant le reste à charge des malades, d’un peu plus de 2 euros aujourd’hui à plus de 4 euros. Pis, le plafond annuel de cette participation forfaitaire sur les rendez-vous médicaux serait lui aussi doublé (de 50 à 100 euros)…
Soumises au vote dans une « ambiance lourde », ces mesures ont été rejetées par 21 voix contre 12. Toutes les centrales syndicales s’y sont opposées, seuls le Medef et la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) leur donnant quitus. Mais cette victoire est de façade. Pour cause, l’avis du conseil de la Cnam est purement consultatif. Pour avancer, il suffit pour le gouvernement de l’avoir. « Du coup, les décrets qui actent le doublement des franchises sont publiables dès ce vendredi ! » s’étrangle le représentant de FO, David Ollivier-Lannuzel. Et le même de dénoncer les faux-semblants de François Bayrou : « Alors que le Premier ministre demande la confiance, il s’en prend en sous-main, par voie réglementaire, aux plus vulnérables et nous place devant le fait accompli. C’est un véritable un hold-up démocratique ! »
« Droit à la santé pour tous »
Ulcérés, les syndicats se sont réunis jeudi pour organiser la contre-offensive et dissuader l’exécutif de publier ces décrets. La principale association de défense des patients, France Assos santé, monte aussi vigoureusement au créneau : « Il est tout bonnement scandaleux que ces mesures qui auront un impact majeur sur le reste à charge des malades passent par voie réglementaire, sans débat parlementaire dans le cadre du PLFSS 2026 ni concertation avec les acteurs concernés », s’est indignée l’association dans communiqué. Et France Asso Santé d’enfoncer le clou : « Nous considérons que le fait de doubler les plafonds annuels des franchises et des participations, les faisant ainsi passer de 100 euros au total à 200 euros, ne garantit plus le droit à la santé pour tous. » Un appel clair au Conseil constitutionnel à censurer ce qui peut l’être.
Pour cause, ce sont les malades sévères ou les patients en affections longue durée, très consommateurs de soins, qui seront les premiers touchés par ce renchérissement. Or, selon les études, ces derniers sont surreprésentés dans les couches sociales les plus modestes, celles dont les conditions de vie et les habitudes alimentaires sont les plus précaires. Pour les malades déjà socialement fragilisés, cette nouvelle ponction sur leur pouvoir d’achat pourrait être insupportable. Avec pour conséquence probable, une hausse du renoncement aux soins.