Politique santé sécu social de l’exécutif

Liberation.fr : Depuis 2017, le déficit public s’est surtout creusé à cause d’un manque de recettes, selon l’OFCE

il y a 4 mois, par infosecusanté

Liberation.fr : Depuis 2017, le déficit public s’est surtout creusé à cause d’un manque de recettes, selon l’OFCE

Suppression de la taxe d’habitation, baisse de la contribution des entreprises… Depuis 2017, la France s’est privée de 2,5 points de PIB en réduisant les prélèvements obligatoires.

par Margo Magny

publié le 11 juillet 2025

François Bayrou doit présenter mardi 15 juillet les grandes orientations budgétaires de 2026 et entretenait encore, jeudi soir sur LCI, le mystère sur ses intentions. En attendant, l’Observatoire des conjonctures économiques (OFCE) a levé, ce vendredi 11 juillet, le voile sur ce qui a creusé le déficit. Et selon cet organisme associé à Sciences Po, l’exécutif a sa part de responsabilité. « Sur la période récente, que l’on fait débuter à la première élection d’Emmanuel Macron en 2017, les comptes publics français ont connu une détérioration plus marquée que ceux de l’ensemble de la zone euro », relève l’OFCE, tout en rappelant que le « solde hexagonal [soit la différence entre les recettes et les dépenses] est systématiquement plus dégradé » que celui de la zone euro depuis 2002.

Avec un déficit qui est passé de passé de 3,4 % du PIB en 2017 à 5,8 % en 2024, la France est l’un des pays les plus endettés de la zone euro – 113 % du PIB, soit 3 300 milliards d’euros. « Sur la période 2000-2024, la dette publique augmente de 53 points de PIB en France, de 27 points en Italie, 44 points en Espagne et de 5 points en Allemagne », détaille l’étude sur la trajectoire des finances publiques.

Mais contrairement aux affirmations gouvernementales, « ce n’est pas une dérive des dépenses qui a entraîné le déficit », explique le président de l’OFCE, Xavier Ragot, devant la presse. Selon lui, depuis le premier mandat présidentiel d’Emmanuel Macron, ces dernières restent même « globalement stables ». Fin juin, la Cour des comptes affirmait tout de même que les collectivités territoriales avaient contribué au dérapage des comptes de l’Etat.

Ainsi, l’endettement français s’explique notamment par le fait que les recettes en zone euro sont restées stables, tandis que « celles de la France ont diminué », explique l’OFCE. « Les choix du gouvernement ont conduit à une hausse de deux points du déficit », assure Xavier Ragot.

Pas suffisamment compensées
Depuis 2017, en France, le taux de prélèvements obligatoires a été réduit de 2,5 points de PIB, « dont 1,6 point se traduit par une baisse des prélèvements payés par les ménages et 0,9 point pour les entreprises », développe Xavier Ragot. Pour les ménages, la taxe d’habitation constitue la plus grande baisse, l’équivalent d’un point de PIB entre 2017 et 2024, selon l’Insee. Côté entreprises, la réduction de la CVAE (que le patronat range dans les « impôts de production ») et les exonérations généralisées de cotisations (à la suite du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) ont représenté à elles seules une perte de 1,6 point de PIB. Et comme elles n’ont pas été suffisamment compensées par de nouvelles recettes issues des entreprises, le coût net de ces cadeaux fiscaux aux employeurs représente 0,9 point de PIB.

Pour enrayer durablement le dérapage des comptes, à l’approche de l’examen du projet de loi de finances pour 2026, l’OFCE prône la mise en place d’« une crédibilité budgétaire pluriannuelle ». Chaque année, c’est aussi une demande arlésienne des acteurs de la santé à l’approche du projet de loi de financement de la sécurité sociale. « Il faut mettre en cohérence une trajectoire crédible sur cinq à dix ans », martèle Xavier Ragot, selon qui cette trajectoire devra s’accompagner d’un ajustement progressif.

« A l’horizon 2029 [qui correspond au plan budgétaire et structurel à moyen terme présenté par le gouvernement fin 2024], en appliquant un ajustement plus progressif, qui limite les impacts négatifs sur l’économie, l’ajustement devrait être de 2,8 % du PIB, soit un peu plus de 80 milliards d’euros », contre un ajustement affiché par le gouvernement, dans son plan budgétaire et structurel à moyen terme, d’un peu plus de 110 milliards d’euros. A noter que selon la Cour des comptes, pour faire passer le déficit sous les 3 % du PIB d’ici à 2029, un effort de 105 milliards d’euros serait nécessaire.

Selon l’OFCE, le projet de loi de finances « devrait commencer par un cadrage budgétaire à moyen terme » et ensuite, à l’issue du vote du budget, « une nouvelle estimation de l’évolution de la dette publique devrait être proposée ». Interrogé sur LCI le 10 juillet, François Bayrou a déclaré que le gouvernement s’apprêtait à dire « ce que sont les contraintes, les efforts nécessaires, les décisions à prendre pour qu’on se tire de ce piège mortel » du déficit et de la dette. Sans dévoiler ses pistes, il a affirmé que ce n’est « pas par l’impôt qu’on résout des problèmes », mais par la baisse de « la dépense publique ».